| Apéritif
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Soupe à l'oignon,
tuile de courge et galette de
parmesan.
Combien d’eau peut-on gélifier chimiquement à partir
d’un œuf ?
La question est évidemment provocatrice,
en introduisant
ce « chimiquement » qui fait craindre
l’empoisonnement.
Pourtant les faits sont là : un blanc d’œuf que
l’on cuit, sur le plat,
à la coque, dur… peu
importe, est un solide obtenu par gélification chimique.
Ce type de gélification se distingue de la gélification
physique des aspics ou des confitures : ces gélifications
physiques, elles, sont réversibles. Si l’on fond un
gel de gélatine, on obtient
un liquide, mais ce liquide
forme à nouveau un solide,
quand il refroidit. Les gels
gélifiés chimiquement sont définitifs.
Comment s’effectue cette extraordinaire transformation qu’est
la solidification
d’un liquide ? Dans le cas simple du blanc
d’œuf, on part d’une solution de protéines
:
le blanc d’œuf est composé de 90 pour cent
d’eau, et de dix pour cent de protéines variées,
lesquelles sont comme de minuscules pelotes repliées sur
elles-mêmes.
Lors d’un chauffage, ces molécules
sont agitées, et les protéines sont un peu déroulées,
ce qui permet leur liaison : les protéines se lient, formant
un vaste réseau,
où l’eau
est piégée,
tels des poissons dans le filet que forme le réseau de protéines.
D’où la question : on sait que les protéines
du blanc d’œuf, soit environ 3 grammes, suffisent à faire
coaguler le blanc d’œuf (30 grammes), puisque le phénomène
s’effectue lors de la cuisson d’un blanc d’œuf.
Mais on sait aussi que un pour cent de gélatine seulement
suffit à faire gélifier l’eau : il y a donc
de la marge, dans le cas du blanc d’œuf,
de sorte que
l’on peut sans doute ajouter de l’eau à celui-ci
de sorte qu’il prenne encore. Plus précisément,
en supposant que la gélatine et les protéines du
blanc d’œuf
se comportent de même, on devrait
pouvoir gélifier au moins 300 grammes d’eau
avec les
protéines d’un blanc d’œuf. Et avec un œuf
entier, la quantité d’eau
que l’on peut gélifier
chimiquement atteindrait 1800 grammes d’eau,
soit plus d’un
litre et demi !
Comment savoir si cette estimation est juste ? Par l’expérience
: à un œuf entier, battu,
on ajoute d’abord un
volume d’eau et l’on cuit : la coagulation se produit.
On augmente alors et on ajoute deux volumes d’eau à un œuf
que l’on cuit, puis trois volumes, quatre, cinq… et
l’on observe, ainsi, que l’on peut gélifier
près d’un litre d’eau avec un œuf
(moins,
si l’œuf est petit).
Ce qui reste, comme idée, c’est que l’on a de
la marge, d’une part, pour ajouter un liquide
qui a du goût
: bouillon, vin… D’autre part, on observe que le gel
chimique formé
avec des quantités croissantes d’eau
est de plus en plus délicat : c’est normal,
puisque
le même filet piège des quantités croissantes
de liquide. En prime, le goût
du liquide ressort de mieux
en mieux : d’une part, la proportion de jaune d’œuf
diminue, mais, d’autre part, les protéines qui risqueraient
de se lier aux molécules odorantes,
peu solubles dans l’eau,
sont en proportion décroissantes.
Quelle eau ajouter à un œuf, finalement ? C’est
la question posée au Cuisinier.
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